Adolescence difficile : que faire en tant que parent ?
Tu es parent d’un ado et tu ne sais plus quoi faire ? Tu es au bon endroit, dans cet article je parle de pourquoi c’est difficile, des idées reçues qu’on peut avoir et qui rendent cette période plus compliquée encore. Et puis comment on peut essayer d’améliorer les choses, petit à petit…
Pour qui, au juste, l’adolescence est-elle difficile ?
Si tu es en train de lire cet article, c’est sans doute que c’est difficile pour toi parent d’avoir un ado à la maison… Oui la période de l’adolescence est difficile pour beaucoup de parents. Et pour la plupart des gens qui sont autour, parce que ce sont les relations qui sont mises sous tension.
Tu peux penser la famille et la société comme une sorte de toile d’araignée. Les fils correspondent aux relations, et quand un fil se tend, tous les autres autours sont impactés. Quand un élément change, ça fait des vagues et des changements tout autour.
Alors si tu te demandes pourquoi l’adolescence est une période difficile ? C’est parce qu’il s’agit d’un système qui est mis en mouvement et que toutes les parties prenantes de ce système n’apprécient pas forcément la direction que ça prend.
Alors c’est difficile pour l’adolescent qui ne se reconnaît plus, qui doit construire son identité, etc. C’est difficile pour les parents qui sont face à un presque adulte tout en voyant encore leur bébé. C’est difficile pour toutes les personnes qui ont un rôle d’éducation ou d’instruction.
En quelques mots, l’adolescence, c’est une période qui se situe pendant les années collège et lycée environ (de 10,5 ans à 18 ans). Et non, il n’y a pas un âge plus difficile qu’un autre, sinon on te l’aurait déjà dit. Ça dépend de ton ado, de son rythme propre, de ce qui se joue à ce moment précis dans le système familial. Certains parents vivent un vrai pic vers 13-14 ans, d’autres une bascule plus marquée à 16-17 ans. C’est très variable. Il y a en revanche plusieurs choses qui se passent pendant cette période :
- Des phénomènes physiologiques et hormonaux (la puberté)
- Des changements psychiques et neuronaux (certaines parties du cerveau se mettent en pause ou au ralenti, comme la partie qui permet d’évaluer les risques)
- Une individuation, c’est à dire que l’ado prend sa place d’individu dans le monde, il va choisir les valeurs qui vont sous-tendre ses choix et sa vie. Et ce n’est pas toujours les mêmes que les vôtres. Il va se différencier de ses parents, c’est normal.
Et même si c’est l’adolescent qui est au cœur de ces changements, c’est tout le système autour de l’ado qui va vivre cette crise, ce moment de grands bouleversements, et donc tout le système va être amené à évoluer, à changer, à se remettre en place d’une autre manière.
Et si au même moment, on a besoin nous de stabilité et de maitriser un minimum, on va trouver que c’est une adolescence difficile.
Idée reçue n°1 : « c’est l’ado qui est difficile »
Tu te retrouves face à un ado qui parle mal, qui dit non et se met en opposition, qui ne veut plus aider à la maison mais exige de son côté… Forcément tu vas te dire à un moment que ton ado est difficile. Or ce qui est vraiment difficile c’est de ne plus reconnaitre son enfant, c’est de donner sans avoir de reconnaissance, c’est la relation qui est difficile, c’est de se sentir nul comme parent…
Et c’est aussi de supposer que son ado fait ça exprès contre nous, comme une attaque personnelle. Parce que cette idée, elle nous pousse à vouloir garder le pouvoir, la maîtrise de la situation. Et ça fait basculer la relation en lutte de pouvoir permanente.
Si au contraire on part du principe que c’est pas fait contre nous ou pour nous piquer notre pouvoir d’adulte, on peut considérer plus facilement que c’est la relation entre l’ado et nous qui est difficile. Et qu’il est de notre responsabilité de parents de travailler cette relation. Parce que l’adolescent lui a une responsabilité relative, il est encore en construction, il a besoin qu’on persiste pour garder une relation avec lui. Il a besoin de savoir qu’on va être là pour lui. Mais il a aussi besoin d’autonomie, de confiance, d’espace. C’est un équilibre qui est difficile à trouver pour les parents qui ont parfois besoin d’une aide et d’un regard extérieur.
Idée reçue n°2 : « il faut serrer la vis »
C’est une des phrases que j’entends le plus dans le débat public, avec les ados. Si ton ado dérape, il faut serrer la vis, plus de règles, plus de limites, plus de contrôle du parent.
Les adolescents ont besoin de limites, oui comme toute personne vivant en collectivité, mais pas n’importe quelle limite, pas des limites arbitraires. Ils ont besoin que les adultes posent leurs propres limites, qu’on leur rappelle la loi quand c’est nécessaire, qu’on leur rappelle les règles pour vivre en société.
Il y a quelques années, je dirigeais un séjour avec des ados (14-17 ans), et certains animateurs m’ont demandé comment faire face à un ado qui a transgressé une règle. Ils se sentaient démunis. J’ai décortiqué ma manière de faire : demander au jeune s’il savait pourquoi il était là, s’il connaissait la règle enfreinte, s’il y avait une raison particulière, s’il était ok ou pas avec cette règle. Et surtout, s’il n’est pas ok avec la règle, je lui demande comment il penserait pouvoir modifier la règle pour que ça lui convienne, tout en gardant en tête l’objectif de la règle et le vivre-ensemble qu’elle soutient.
Parfois les ados ont des idées très intéressantes pour maintenir le collectif, la sécurité, etc. tout en gagnant en liberté. En colo, si quelqu’un proposait une modification des règles, on y réfléchissait (vraiment), avec l’équipe puis si c’était ok pour nous avec les autres jeunes. C’est dans une certaine mesure un processus démocratique à l’échelle d’un collectif.
Que la règle change ou non, la démarche permettait à chacun de se reposer les bonnes questions sur les règles et les limites : qu’elles ne soient pas arbitraires, mais qu’elles aient un sens entendable par le jeune.
C’est aussi à ça que sert l’outil que j’utilise : le carré éducatif (Interdit / Non négociable / Négociable / Libre).
Idée reçue n°3 : « c’est trop tard, il fallait s’y prendre avant »
Cette idée aussi est souvent entendue lorsqu’un parent se confie sur l’adolescence difficile avec son ado. Sous-entendu, “si l’adolescent est difficile, c’est qu’il a été mal éduqué avant”, et puis la suite de cette idée c’est que c’est fichu, c’est trop tard, il aurait fallu s’y prendre avant, maintenant on ne peut pas faire grand-chose.
Ça, ce n’est pas vrai !
On peut toujours reprendre la relation. On peut toujours s’ouvrir à la discussion, en acceptant de sortir du jugement et de la recherche de coupable.
Ça ne veut pas dire que c’est facile, que ça va se faire en claquant des doigts, ni que l’ado va devenir tout un coup très docile et faire ce qu’on attend de lui.
Il n’y a effectivement pas de baguette magique. Mais si la relation avec ton ado est importante pour toi, tu peux réparer, rouvrir la discussion, retrouver une relation plus apaisée.
Je te donne d’ailleurs une première piste dans l’épisode 5 de mon podcast [Avoir le dernier mot avec son ado : le piège à éviter].
Alors, que faire ?
Concrètement quand un parent vient me voir en me disant mon adolescent me fait vivre un enfer, face à une adolescence difficile, que faire ?
Je commence toujours par la même question : qu’est-ce qui est difficile, pour toi, précisément ? Parce qu’en fonction du point de départ, le chemin ne va pas être le même.
Avant même de chercher une solution, il y a ce temps de clarification à prendre pour toi. Pose-toi vraiment la question, avec tes mots à toi : qu’est-ce qui, précisément, dans cette adolescence, te semble difficile ? Un moment en particulier plutôt qu’un autre ? Une inquiétude qui revient sans cesse ? Le sentiment que ton ado s’éloigne, ou au contraire des comportements qui te font peur pour lui ? Prends le temps d’écrire ta réponse, sans chercher à bien faire ni à trouver LA bonne réponse.
Cette clarification, c’est souvent le vrai premier pas. On ne travaille pas de la même façon une inquiétude diffuse et un danger concret, et tant qu’on n’a pas nommé ce qui pèse vraiment, on tourne en rond.
Et si tu as envie de partager ta réponse, dis-le-moi en commentaire, ou envoie-moi un message, ça me fait toujours plaisir de lire où en sont les parents qui me lisent.
C’est exactement ce qu’on fait ensemble dans Déclic Ado, repartir de ta situation à toi, précise, pas d’une méthode toute faite qui marcherait pour tout le monde.
0 commentaires